Petites vanités urbaines

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On croyait la taxidermie réservée aux têtes de sanglier ou aux caniches de nos grand-mères en deuil… On l’imaginait exercée par des hommes dans des ateliers sanguinolents… On la pensait destinée à se retrouver dans des maisons de chasseurs ou des Museum d’histoire naturelle poussiéreux… Et bien, l’erreur est humaine !

Reid Peppard est une créatrice américaine passionnée par cette technique apparue au XVIIIe siècle. Elle l’utilise pour réaliser des bijoux uniques et litigieux. Avec elle, les rats et les pigeons de sa ville d’adoption, Londres, connaissent une nouvelle incarnation.

Figés dans des postures étranges ou naturelles, les yeux remplacés par des cristaux, les queues ornées de strass colorés, ils deviennent au gré de l’imagination de l’artiste, des pendentifs, des boutons de manchettes ou des ornements pour serre-tête.

Une collection étrange proche du cabinet de curiosité qui, sous couvert de création artistique et zoologique, nous offre un magnifique champ de réflexion philosophique et objectale.

Et pour cause. Tout le travail de Reid Peppard repose sur des contrastes. Elle choisit des animaux repoussants, à la renommée nauséabonde, pour en faire des parures onéreuses. Elle les travaille avec attention et précision, les enrichit de pierres semi-précieuses et de métaux prestigieux. Mais jamais, elle n’atténue l’aspect naturellement sinistre et dérangeant de ces rongeurs et autres marginaux animaliers.

La taxidermie est pour Reid Peppard un moyen de jouer avec le réel imposé. L’artiste fait disparaître les frontières entre la vie et la mort. Chacune de ses créations n’est véritablement terminée que lorsqu’elle est portée. La mort ne subsiste plus dans le domaine du refoulé, au contraire, elle coexiste et trouve sa force au côté de la vie.

Conçues pour provoquer… Ces vanités modernes obligent les gens à sortir de leur torpeur quotidienne. Peu d’entres nous reste insensible face à son œuvre. Certains grimacent, beaucoup sursautent d’horreur, d’autres adorent. Avec Reid Peppard, la tiédeur n’existe pas. On aime ou on déteste.

 

Article publié sur Sex, Mode & Digestion

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