Ni sainte, ni politique

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Ni sainte, ni politique, la guerre de Princess Hijab est artistique et philosophique. Armée d’un feutre, le visage recouvert de longs cheveux noirs, l’artiste se meut la nuit tombée dans les couloirs du métro parisien à la recherche de publicités aguicheuses. En quelques secondes, elle dégaine son arme encrée et pare les visages des mannequins d’un voile, laissant, selon son envie, quelques parties du corps dénudées.

Princess Hijab détourne les images publicitaires non pas pour cacher des corps trop facilement offerts au plus grand nombre, mais pour créer un choc visuel et faire naître chez les badauds nocturnes, des questionnements propres à chacun. Certains y voient une simple et énième attaque de la publicité et des valeurs que nos sociétés capitalistes transmettent par le biais d’images figées et retouchées. La partie émergée de l’iceberg en somme.

D’autres considèrent ces « hijabisations » comme les étendards d’un modèle religieux controversé. Or Princess Hijab s’est toujours définit comme une punk insomniaque influencée par le mouvement adbuster américain, l’anti-monde de Roger Brunet ou encore la pop-culture, délaissant ouvertement les idéologies ou mouvements politiques et religieux. Mieux, elle a commencé à s’attaquer aux publicités cinq ans avant que la polémique sur le niqab touche la France.

L’artiste utilise le voile car contrairement à l’impression que cela peut donner, il met en évidence la représentation du corps et des personnes dans l’espace public. Il permet surtout de mettre sous cloche toutes les formes de différences entre les individus en pointant du doigt le fossé qui existe entre la représentation du monde, des hommes et des femmes sur papier glacé et la réalité, tellement visible dans les rames, les couloirs et les quais de ce métro cher à l’artiste. Selon elle, peindre un voile sur une publicité fonctionne car ce sont deux dogmes que l’on peut remettre en cause, deux puissances d’égale intensité où s’imbriquent ce que l’on souhaite montrer, ce que l’on désire cacher et ce qu’il y a réellement à voir.

Princess Hijab prône aussi l’égalité physique et sociale en manipulant la discrimination que certaines sociétés font subir aux personnes trop couvertes ou trop dénudées. Elle joue de ce grand écart réflexif pour démonter les a priori et souligner la nécessité de l’intégration et de l’acceptation dans un monde où le mélange culturel et communautaire peine à trouver sa place.

Mais pas seulement. Ce que désire plus que tout cette princesse, c’est récupérer le droit à l’expression dans l’espace public. Pour cela, elle utilise les mêmes armes que les détenteurs de ce privilège aujourd’hui essentiellement tarifé. Elle impose son travail et sa vision du monde tout comme le font les publicitaires et autres vendeurs du temple. Mais contrairement à eux, son art est éphémère, rapidement détruit par des agents de maintenance. Peu importe. Son travail laisse sans aucun doute aux quelques voyageurs anonymes, une ou plusieurs questions qui, ruminées le temps d’un trajet, trouveront peut être une réponse.

 

 

Article publié sur Sex, Mode & Digestion

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