Née fille. Devenue femme.

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Née fille.
Devenue femme.
Femme fatale. Femme au foyer. Femme d’affaires.

Née fille il y a une vingtaine d’années. Bien après la bataille. Bien après les suffragettes, les soutiens gorges brulés, le manifeste des 343 salopes, le MLF pur et dur, les faiseuses d’anges. Oublié le mari pour cautionner le travail de son épouse. Oublié le père pour consentir à un mariage raisonnable. Oublié l’homme pour être une femme respectable et une mère à part entière.

Nous sommes nées filles. Devenues femmes. Nous devons désormais accéder à la déité. Etre amie, amante, épouse, mère, femme de ménage, PDG, banquière, organisatrice de voyage, psychologue, institutrice, cuisinière, intellectuelle pas trop bavarde. Et à nos heures perdues, alcoolique, gogo-danseuse, stripteaseuse, putain, mannequin.

Nous méritons tout. Et pourtant, nous devrons faire des choix. Renoncer par la force des choses. Accepter l’amertume de la vie, des rencontres fades, des obligations, des aléas.

Alors, on examinera les autres femmes, vivantes et souriantes, essayant sans méchanceté aucune de détecter la faille, jalousant leur perfection affichée. On les observera aux bras de leurs époux, les yeux allumés par la présence de leurs progénitures, savourant avec une pointe d’orgueil leurs réussites sentimentales et professionnelles.

Et, on regardera notre ventre toujours vide, notre verre bien trop plein, nos mains depuis longtemps esseulées. On tentera de visualiser notre avenir, un avenir qui pourrait ressembler à leur présent. En vain. Accrochée à une cigarette, on serrera les dents, feignant d’accepter à 100% notre état de femme libre. Notre état de femme. On se demandera encore et encore si on est capable d’être une déesse. Si on est assez forte pour tout assumer. Si même, on aura une nouvelle fois l’opportunité d’avoir accès aux prémices de la divinité féminine.

On évitera de penser à la vie à laquelle nous avons renoncée. Au chemin qui semblait tout tracé et sur lequel, quelqu’un nous attendait la main tendue. On aurait pu le suivre. Mais il aurait fallu savoir simulé l’épanouissement, ravalé sa folie douce et ses incertitudes, accepté la tranquillité, mettre en hibernation ses rêves, revoir à la baisse l’idée que l’on se faisait d’une vie à deux.

Bien sûr, on aurait pris pour soi tous les adjectif de cette génération de femmes aux cernes marquées, à l’emploi du temps cadré, au don de soi surdimensionné. On aurait subi nous aussi de plein fouet la pression humaine muette qui nous pousse à nous surpasser, à flirter avec une apparente perfection.

On aurait été toutes sans être une. La flamme se serait éteinte laissant le feu gagner nos paroles, notre esprit, notre cœur. Pourtant, on aurait continué à sourire en public, simulant l’idylle, la plénitude. On se serait adaptée en souvenir de la passion, des fous-rires, de l’espoir, de cet homme qui un jour nous avait bouleversé. On se serait battue avant de sombrer dans une tiédeur et une acceptation triste.

Mais, choisir c’est renoncer. Et on a choisi. On a troqué la tranquillité contre l’effervescence. L’homme doux et simple contre l’inadapté. La raison contre la folie. La représentation contre la vérité. La stabilité contre le devenir.

Nous le savons. Nous n’atteindrons jamais l’excellence demandée. Mais nos sourires seront sincères, nos larmes vivantes, nos colères brûlantes. Chacune des décisions prises ne le sera pas parce qu’il le faut mais parce que c’est ce que tout notre être nous réclame. Notre bonheur sera peut-être en marge mais il existera. Notre vie ne sera pas exceptionnelle aux yeux de tous mais elle le sera pour nous.

Et probablement qu’un jour on regardera toutes ces femmes en acceptant notre différence, notre route tumultueuse, notre renoncement à un déménagement définitif dans l’Olympe et à ce qu’une femme doit être.

Oui, un jour, on acceptera notre ventre toujours vide, notre verre bien trop plein et nos mains depuis longtemps esseulées.

 

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Une réponse à “Née fille. Devenue femme.”

  1. Nicolas dit :

    Trop soufflé pour écrire autre chose que : « Wow »

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