Domaine public

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Chaque mois je me sens animal. Accroupie sur ma cuvette, j’ai une muqueuse instinctive qui affiche son insolence incontrôlable. Machine à sang ou à enfanter, mon utérus n’a d’intimité que dans l’animalité rythmée d’un cycle éphémère.

Objet religieux, il semble porter en lui le divin d’une humanité sous influence. Les mots dogmatiques d’un sacré qui exploite le hasard reproductif d’une espèce orgueilleuse. La vanité suprême d’une puissance céleste. À croire qu’il est investit d’une mission providentielle que le pragmatisme de la raison bafoue par son contrôle.

Objet politique, il est brandi tel un manifeste démontrant la supériorité morale ou libertaire d’un groupe sur un autre. Son intimité est disséquée pour porter au vu et au su de tous les secrets ordinaires d’un quotidien féminin. Il est pris à parti pour gonfler les ego ou étayer des inepties.

Objet biologique, il porte en lui la quintessence de l’ambiguïté. Machine reproductive et berceau vital, il est la justification niaise de la supériorité ponctuelle de la femme sur l’homme. Il est aussi par sa simple étymologie, une faiblesse hystérique qui rabaisse cette même femme au rang de baudruche hormonale et incontrôlable.

Mon utérus fait donc partie du domaine public. Là où des harpies de tout bord s’écharpent au nom de sa dignité oubliant trop facilement que cette même dignité n’a de valeur que dans le choix. Car la question qui se cache derrière cette célébrité est bien celle d’avorter ou non. Celle d’avoir le choix de changer de destinée ou de l’endosser. Celle de ne plus remettre sa vie entre les mains de croyances religieuses ou sociales mais bel et bien de prendre une décision dans la tourmente tranquille d’un huis clos interne dont les tenants et les aboutissants n’appartiennent qu’à la femme.

Une femme qui mérite une intimité. Qui mérite que son histoire ne soit pas engloutie dans le magma atone d’une généralité ou exposée comme preuve de sa faiblesse. Ou pire, de sa noblesse. Car dans ce choix, il n’y a pas de femmes meilleures que d’autres. Il n’y a pas de sainte. Il n’y a pas de putain. Il y a une individualité qui fait face à la vie dans ce qu’elle a de plus complexe.

Est-il alors trop demandé de respecter cette femme en lui laissant le choix ? Simplement le choix…

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