Les Tweets de la discorde

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140 signes et avec eux des sentences s’égrenant dans une discrétion propre aux brèves journalistiques. Twitter, moyen de communication usité par plus de 200 millions de personnes dans le monde, vient pourtant de faire une nouvelle victime. Houda al-Ajmi, koweïtienne de 37 ans, purge dorénavant une peine de onze années de prison après avoir été reconnue coupable d’« insulte envers l’émir, d’appel à renverser le régime et de mauvaise utilisation de son téléphone portable ». Le tout à travers un tweet dont il est impossible aujourd’hui de connaître la vraie nature.

Et si Houja al-Ajmi est la première femme à subir le courroux liberticide de l’Emirat, elle n’est la seule à peupler les geôles du pays pour ces raisons. En quelques mois, suite à une campagne de répression lancée par le gouvernement, une trentaine de cyberactivistes et d’opposants au régime a été condamnée à des peines allant de 2 à 10 ans d’emprisonnement. Un changement de cap pour le Koweït, qui pouvait jusqu’alors se targuer de posséder une liberté d’expression plus importante que chez ses voisins du Golfe et qui s’explique par des crises politiques à répétition ainsi que par les inquiétudes d’un émir face à son peuple.

Des inquiétudes et un désir d’annihiler toute forme de contestation « tweetée et re-tweetée » qui ne sont pas propres au Koweït. Cinq Bahreïnites ont été condamnés en mai dernier à un an d’emprisonnement par le tribunal de première instance de Manama pour « outrage au roi de Bahreïn » dans des messages publiés sur Twitter. En Chine, Cheng Jianping, décrite par son avocat comme étant « la première martyre de Twitter » a écopé d’un an de travaux forcés pour « trouble à l’ordre social » suite à la diffusion sur son compte d’une information sur une manifestation de jeunes nationalistes chinois. Relâchée en novembre 2011, Cheng Jianping a été assignée à résidence dans un hôtel afin qu’elle ne raconte pas son histoire aux médias.

Le sud-Coréen Park Jung-Geun a, quant à lui, purgé une peine de 10 mois de prison pour avoir re-tweeté un message de propagande du gouvernement nord-coréen. Ce jeune homme de 24 ans a pourtant expliqué qu’il avait fait ça pour railler les leaders nord-coréens. Mais la justice sud-Coréenne en a jugé autrement et a estimé que Park Jung-geun mettait en danger la sécurité nationale. De fait l’ironie, le sarcasme ou même une blague sont à proscrire de ce medium qui peut, de par le gabarit limité d’un tweet, laisser  une ambiguïté sur la volonté et la réelle démarche de l’utilisateur. Au Mexique, Maria de Jesús Bravo et Gilberto Martínez Vera ont fait les frais de leur inconscience. Après avoir tweeté des messages annonçant des attaques terroristes contre une école de Veracruz, les deux hommes ont été poursuivis pour « terrorisme » et « sabotage » et ont passé un mois en prison avant que le Parquet de l’Etat de Veracruz annule les charges retenues contre eux.

Un retournement de situation que doit souhaiter Hamza Kashgari. Ce jeune journaliste saoudien encourt la peine de mort pour la publication de trois tweets adressés au prophète Mahomet le jour de l’anniversaire de sa naissance, le 4 février 2012.

 

-       « Au jour de ton anniversaire, je dirai que j’ai aimé le rebelle en toi, que tu as toujours été une source d’inspiration pour moi, et que je n’aime pas les halos de la divinité autour de toi. Je ne vais pas prier pour toi ».

-       « Au jour de ton anniversaire, je te trouve où que je me tourne. Je dirai que j’ai aimé certaines choses en toi mais j’en ai abhorré d’autres, et je n’ai pas compris beaucoup de choses à ton sujet ».

-       « Au jour de ton anniversaire, je ne m’inclinerai pas devant toi. Je n’embrasserai pas ta main. Je la serrerai plutôt d’égal à égal, et te sourirai comme tu me souris. Je te parlerai comme à un ami, pas plus ».

 

Le comité saoudien des fatwas a vu dans ces tweets « une apostasie » soit le reniement de la foi musulmane, un crime passible de la peine de mort dans ce pays de la péninsule arabique. Extradé par la Malaisie alors qu’il tentait de fuir en Nouvelle Zélande, le jeune homme est toujours en prison, selon un papier de Salman Rushdie publié dans le New-York Times.

La liberté d’expression et le libre arbitre sont donc toujours des droits à conquérir dans certaines contrées du monde. Et si Twitter et les autres réseaux sociaux sont des vitrines d’opinions entrainant l’oppression et le laminage de certaines intégrités physiques et morales, ils permettent aussi de créer des mouvements de masses instantanés et euphorisants. Que l’on ne s’y trompe pas, ce sont des hommes qui utilisent ces avancées technologiques et communicantes pour imposer des règles liberticides et pister leurs détracteurs.

 

Article publié sur Europe Créative le 4 juillet 2013

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