Hasard génétique déterminant

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Montrer ses seins ou se draper dans la pureté d’un voile immaculé ? Hystériser sa féminité contestataire ou l’utiliser contre d’autres groupes aux façons de faire divergentes ? Hurler ou prier ?

Le féminisme a de la voix. Il n’a plus de discours.
Je me sens décontenancée.

Antigone ou Femen françaises, ces combattantes aux attributs contrôlés semblent calquer leur mode de fonctionnement aux codes affligeants de notre société d’images, d’instantanéité, de « buzz ». Il faut marquer les esprits sans forcément y apporter une clé réflexive sur le cheminement à avoir pour arriver à l’idée d’égalité homme-femme. Il faut faire en sorte d’être vues par le plus grand nombre car il semble qu’aujourd’hui la mémoire visuelle est plus puissante que la mémoire idéologique. Il faut laisser croire que l’on rassemble alors que nos mots vociférés ou lus fragmentent.

Le fond a été délaissé pour la forme.
Je me sens à côté de la plaque.

À côté de ce féminisme tonitruant qui utilise ma nature pour donner une représentation sans dessein. Un spectacle qui vient inlassablement titiller mon état de femme pour le révolter silencieusement. Car mon féminisme est conditionné par un hasard génétique déterminant et ne pose pas la question d’être femme dans un monde aux règles masculines mais simplement celle d’être femme. Il est assujetti à un chromosome et à un conditionnement dépourvu de misogynie qui n’a jamais pour autant caché la misère. Mon féminisme n’a pas de colère, de slogan ou de revanche à prendre. Il s’applique inlassablement dans un quotidien sans éclat, sans couronne dans les cheveux et sans allégorie nominale. Il est un pensionnaire discret qui cherche l’égalité dans l’ordinaire, dans le commun, dans le banal. Il ne s’agite pas. Il vit. Il ne cherche pas la lumière. Il squatte l’ombre de la discrétion. Il ne veut pas se retrouver affublé d’adjectifs hystériques ou soumis sous prétexte qu’une poignée de femmes veulent porter au firmament médiatique une définition universelle de la féminité. Il ne veut pas laisser croire que cette quête de l’absolu égalitaire ne peut-être menée que par la moitié de la population même si son étymologie est trompeuse. Il ne veut pas que l’action soit inlassablement révoltée même s’il en comprend parfois la nécessité et la force de frappe. Mon féminisme veut du sens, une vision, des perspectives. Il se fout que l’on fasse passer une loi pour tuer un « mademoiselle » désuet et charmant. Il se moque de cette quête de la féminisation lexicale là où il a compris que le neutre n’est pas masculin. Il s’écœure face aux prescriptions clitoridiennes de certains groupes en mal d’idées.

Mais peut-être qu’il manque de courage ?
Ou peut-être que c’est moi qui suis lâche par mon engagement renfermé et incertain ?

La vérité est que je ne me reconnais que dans celles qui se taisent et portent leur féminité non comme une condition mais comme un fait. Celles qui accueillent les différences comme une fortune humaine. Celle dont le féminisme est celui des droits. Le droit d’être mère au foyer ou PDG, de servir son mari ou d’en faire son égal domestique, d’hurler ou de se taire. Le droit d’être ce que l’on veut sans vouloir imposer sa recette à toutes. Le droit de se battre en silence pour laisser dans son sillage une route dégagée à des femmes qui veulent vivre en tant que telle et non exister à travers un état.

Car finalement, je ne suis peut-être pas féministe…mais simplement femme.

 

 

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