Culture en prison : propositions et rencontres

pj-salle-cinema

 

L’association PULSART développe depuis sa création en 1994 une démarche essentiellement tournée en direction des populations dites défavorisées afin de faire émerger une culture commune par l’action artistique. En 2000, la Direction de la Protection de la Jeunesse fait appel à l’association car elle souhaite mettre en place des actions pour lesquartiers mineurs des maisons d’arrêt. « On a été sollicités » raconte Maxime Apostolo, fondateur de l’association PULSART, « et ensuite, on a proposé un premier projet. Ce projet s’appelait « L’Atelier Des Corps » et était basé sur le fait de rendre visible le corps des détenus puisque lorsque l’on est incarcéré, on ne peut jamais se voir dans son entièreté. Donc l’idée c’était de travailler sur le rapport à son corps et sur le rapport au corps de l’autre par le biais de moulages et de sculptures». Une intervention soutenue et encadrée par la richesse créative et humaine de l’association qui compte une soixantaine d’artistes, toutes disciplines confondues.

Forte de cette mixité, les projets proposés par PULSART recouvrent de multiples disciplines telles que lamusique, la vidéo, la peinture ou encore l’expression corporelle et l’écriture. Ainsi, l’association a été à l’origine de diverses créations comme par exemple la réalisation d’un CD intitulé « À corps mineurs », écrit et composé par des détenus mineurs de la Maison d’arrêt du Bois d’Arcy autour du thème de l’amour et des différentes problématiques auxquelles ce thème renvoie.

Les propositions culturelles en milieu carcéral embrassent donc diverses pratiques artistiques comme le montre un web-documentaire encadré par l’association HORS CADRE et réalisé par des personnes détenues dans les établissements pénitentiaires de Bapaume et de Maubeuge. En août 2011, capoeira, percussions, samba, cuisine, cinéma et littérature se croisent pour aboutir à une journée de clôture festive et animée. Un groupe de détenus réunis dans un atelier vidéo filme la totalité du projet et en restitue les étapes sous la forme d’un feuilleton ouvert à tous.

Car les nouvelles technologies ne sont pas bannies des prisons même si des consignes très strictes de sécurité régissent l’entrée d’outils informatiques et numériques en leur sein. Erik Chevalier, artiste vidéaste et intervenant en milieu pénitentiaire depuis 1999, a fait de sa spécialité une offre appréciée par les détenus de la région Nord-Pas-de-Calais. En quelques années, il s’est occupé de la conception de « La Fabrique d’images », premier atelier de production audiovisuelle avec une diffusion sur le canal interne d’une prison ou encore, de la création d’un Ciné-Concert dont les images et la musique sont le résultat du travail des détenus participants.

Grâce à ces diverses expériences partagées, Erik Chevalier estime que les détenus « deviennent  acteurs de contraintes décidées par eux ; la contrainte étant alors vécue comme vecteur positif et participant d’un libre choix d’auteur. Ce qui est totalement inédit pour certains ». Il croit aussi que les participants n’auraient jamais pris part à une telle activité sans avoir rencontré la détention, « ce qui met en place une relation basée sur la découverte, mais aussi sur l’exigence : l’enfermement opérant une distorsion caractéristique du temps, chaque seconde d’une intervention, fragile bulle d’air en suspension au milieu des cellules, se doit d’être vécue avec le plus de conscience possible ».

Un avis partagé par Marc Le Piouff, chef de projet pour le développement de la culture en milieu pénitentiaire à l’association HORS CADRE, qui explique que « la question de la rencontre est déterminante à l’intérieur » ajoutant que « pour un artiste c’est une responsabilité énorme car il vient fragmenter le temps de la détention. Il va physiquement intervenir durant un laps de temps dans lequel une personne essaie de se structurer pour survivre intellectuellement, physiquement, moralement ». Et les conséquences sont parfois plus profondes que l’on imagine comme le raconte Maxime Apostolo : « Dans un film que l’on a tourné, un des détenus dit que le fait de leur proposer ce type d’actions de création, c’est croire a priori en eux, en leurs capacités, en leur existence alors que eux-mêmes n’y croient plus. C’est réhabiliter dans l’esprit des détenus des capacités d’existence alors qu’ils étaient persuadés du contraire ».

 

 

Article publié sur Europe Créative le 8 janvier 2013

(0)

Laisser un commentaire