Chapitre 8

f1.highres

 

Presque bien.

Dans ce presque qui par sa seule présence détruit le bien, se niche une colère. Une fureur, une rage, une haine. Une ébullition, une hargne, une violence.

Je veux me battre. Pas au sens figuré. Au sens propre.

Je veux du sang. Des jointures tuméfiées par les coups. Une arcade qui saute sous mon poing. Des poignées de cheveux qui disparaissent dans la douleur. Une épaule détachée de sa calotte protectrice. Des griffures ne laissant aucun doute sur le sens du mot colère.

Je veux tabasser, blesser, cogner.

Je veux un goût ferrugineux dans la bouche. Des genoux égratignés par la chute d’un corps mal préparé. Des traces de morsures animales. Un nez coulant de rouge. L’asphyxie courte provoquée par un bras constrictor. Des bleus qui gonflent et propagent les couleurs de leur brutalité.

Je veux éclater, démonter, pulvériser.

Je veux astiquer des estomacs à coup de genoux. Redresser des colonnes vertébrales avec mes pieds. Modifier la structure d’un visage grâce à mes poings. Soigner des égos par ma furie. Entendre geindre de douleur alors que la mienne est anesthésiée par l’adrénaline.

Je vaux attaquer, broyer, démolir.

Je veux sortir cette révolte de mon ventre. Me détacher de ce bouillonnement venimeux. Exprimer mon désarroi irascible. Chorégraphier ma rancune contre cette situation imposée. Orchestrer avec barbarie ma destruction physique.

Je n’attends qu’un mot, qu’un geste, qu’une situation pour bondir.

J’attends.

En vain.

 

 

 

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