Balade textile

Pour sa quatrième édition, le salon Tranoï Preview a présenté les créateurs qui vont réanimer notre été 2015. Tour d’horizon de ceux dont on ne pourra pas se passer.

Sorte d’augure présageant la mode de demain, le salon Tranoï Preview assoie sa prophétie en plongeant le visiteur dans l’univers d’une centaine de créateurs venue présenter en avant-première les lignes de notre été à venir. Minimaliste, pop, insolite ou atypique, les collections fleurissant le long des couloirs du Palais Brongniart laissent  entrevoir une saison pétulante qui ne fera aucune concession à la demi-mesure. Une saison portée par les univers de créateurs talentueux à l’instar de Cathrine Hammel et sa marque éponyme qui plonge la féminité dans une élégance contemporaine où les mailles délicates habillent les corps de lignes indémodables. Rehaussée par la luminosité de teintes terreuses, d’un gris cristallin ou de noir et blanc structurant, cette collection trouve son assise dans un entre-deux maitrisé mixant les influences moyen-orientales et scandinaves. Le jersey double face, véritable signature de Cathrine Hammel, y construit les lignes et travaille les volumes tandis que la laine de mérinos adoucit le vêtement pour en faire une deuxième peau sophistiquée. Un bermuda souple et aérien joue dans cette collection la carte de l’originalité pudique tandis qu’une veste aux lignes fifties assoie l’intemporalité de cette marque qui teintera notre printemps-été 2015 d’un doux raffinement et d’une élégance originale.

De cette originalité raffinée, il en est aussi question avec la marque indienne ‘My Village’ de Rimzin Dadu. Puisant son inspiration dans l’artisanat de son pays d’origine, la styliste applique à ses créations les codes et les techniques d’un savoir-faire ancestral tout en les modernisant. Ici, le prêt-à-porter s’amuse avec les structures au point de créer des vêtements sculpturaux jouant avec les surfaces et les matériaux et interrogeant la vue comme le toucher. Sa dernière collection, composée essentiellement de textiles foncés ou verts rehaussés de broderies éclatantes, mixe une nouvelle fois la tradition et le style de rue, le luxe et la simplicité, la sobriété et le jeu des matières. Un esprit ludique que l’on retrouve dans la marque G.Kero créée par Marguerite Bartherotte. Artiste peintre, cette dernière décide en 2008 de transposer ses œuvres sur le tissu pour donner naissance à des collections récréatives et rafraîchissantes où apparaissent animaux sauvages, tropiques luxuriants, stars du rock n’roll ou scènes érotiques où se serait perdu un Professeur Tournesol naturiste. Le tout, dessiné à la main directement sur la matière dans un style faussement naïf, est reproduit en série numérotée et illustre le talent d’une créatrice aux multiples facettes. Un talent qui ne fait pas non plus défaut à Sofie d’Hoore qui réussit depuis plusieurs années à donner au minimalisme des lettres de noblesse dont aucune femme ne pourrait se passer. Coupes impeccables, lignes épurées, couleurs mesurées, la collection signée par la créatrice belge met en évidence un luxe discret et élégant renforçant avec sobriété une féminité androgyne ne manquant ni de charme ni de caractère.

Côté accessoires, le singulier est de mise comme le prouvent les lunettes pour homme et femme créées par Dzmitry Samal. Combinant de façon insolite des lignes futuristes et rétro, les créations signées par cet ancien designer automobile font virevolter les formes géométriques et s’inspirent d’infographies en provenance directe des années 80. Cette collection entièrement fabriquée en France se paye le luxe d’ajouter une originalité à ses lignes en proposant des verres teintés d’or pour inonder le monde d’une luminosité fauve. Un éclat que l’on retrouve dans les créations de Shourouk où tourbillonnent sequins, strass, paillettes et cristaux Swarovski. Bijoux, headband, casquettes, sacs, Shourouk s’approprie peu à peu tous les pans du monde de l’accessoire et vient dynamiter à coup de couleurs explosives et de brillance éblouissante des créations entièrement brodées à la main. Un savoir-faire parfaitement exécuté qui n’est pas s’en rappeler celui utilisé par la marque anglaise Rocio dans la conception de ses sacs. Accessoire faisant fi de la saisonnalité des collections, ces baise-en-ville miniatures affichent la pureté d’un bois travaillé en douceur et parfois laqué de couleurs éclatantes associée à la finesse d’une chaine en métal doré et d’une doublure en daim luxueuse. Des sacs qui ne contiendront certainement pas toutes les merveilles vues dans ce salon Tranoï mais qui seront des accessoires de choix pour cet été 2015.

 

Article publié dans Runway France en septembre 2014

© Cathrine Hammel
© Dzmitry Samal

 

 

 

 

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