Angela Davis, une icône militante

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Femme, noire, communiste, révolutionnaire et activiste, Angela Davis personnifie à elle-seule tous les combats d’une génération. Une génération qui, armes ou tracts à la main, discours lyriques ou politiques en bouche, a lutté contre la ségrégation, le maccarthisme, le sexisme et bien d’autres lames de fond sapant la pratique de l’égalité aux Etats-Unis. Aujourd’hui, Angela Davis est toujours une icône. Un mythe pour qui lutter contre une discrimination ne sert à rien si on ne lutte pas contre toutes. Un symbole porté sur grand écran grâce au film réalisé par Shola Lynch, Free Angela and All Political Prisoners. Construit autour d’images d’archive et d’interviews, ce documentaire retrace le parcours emblématique de celle qui mit à mal l’establishment blanc en devenant aux yeux du monde l’incarnation des luttes morales et sociales américaines. En 1970, alors que les clivages raciaux et politiques sont toujours aussi profonds et que la discrimination semble ancrée dans la société de la première puissance mondiale, Angela Davis se retrouve au centre d’une machination politique et policière organisée pour faire taire cette communiste déclarée, membre des Black Panthers.

Lors d’un des procès des Frères de Soledad, une prise d’otages dérape et conduit quatre personnes à la mort, dont le juge Harold Haley. Angela Davis qui fait partie du comité de soutien de ces prisonniers est alors accusée d’avoir fourni les armes et d’être responsable du drame. L’activiste se dit innocente et nie les faits. Pour autant, sachant qu’elle est un symbole à détruire et qu’elle ne survivra pas à une arrestation, la militante prend la fuite. Une cavale de deux mois débute. Mais alors que sa photo est affichée à travers tout le pays, flanquée de l’inscription « armée et dangereuse », la notoriété d’Angela Davis grandit et bientôt, le pouvoir ne peut plus l’éliminer sans donner naissance à de nouvelles émeutes et autres bouleversements. Lorsqu’elle est arrêtée à New-York, elle est immédiatement inculpée de meurtre, kidnapping et conspiration. Placée en détention sans réelles preuves, Angela Davis passe seize mois en cellule. Seize mois durant lesquels une mobilisation multiraciale et internationale va éclore et plaider sa cause à coup de protestations et de créativité.

En France, la manifestation du 3 octobre 1971 réunit 100.000 personnes et des intellectuels tels que Jean-Paul Sartre, Jean Genet ou Louis Aragon. En ex-RDA, une campagne aboutit à l’envoi d’un million de cartes postales à la prison d’Angela Davis le jour de son anniversaire. Des artistes comme Mick Jagger, John Lennon ou Jacques Prévert s’emparent de son histoire et lui rendent hommage dans des créations en tout genre. Le pouvoir américain finit par flancher. L’activiste est acquittée par un jury entièrement blanc. Depuis, Angela Davis n’a jamais cessé de combattre les injustices et les inégalités, multipliant les essais et les critiques contre les dérives de sa nation. De nouveaux combats – lutte contre la peine de mort, droit des homosexuels, critique du monde carcéral – qu’elle mène en parallèle à son poste de professeur d’Histoire de la conscience à l’Université de Californie. Pour autant, elle ne souhaite plus se mettre en avant, refusant d’incarner seule des mouvements et des luttes qui puisent leur force dans le nombre et la solidarité. Car elle le sait mieux que personne, la masse est un contre-pouvoir difficile à faire taire.

 

Article publié sur Europe Créative le 4 avril 2013

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